SRI LANKA,
Les affamés de la crise
Texte/réalisation : Arnaud Guiguitant
Depuis un an, le pays de 22 millions d’habitants est confronté à une grave crise alimentaire. En cause, l’échec de la conversion à une agriculture 100% bio, prônée par le gouvernement en mai 2021. La décision d’interdire tout engrais et pesticides chimiques plongea le monde agricole dans l’une des pires crises de son histoire. Sans expérience du bio, la plupart des 7 millions d’agriculteurs échouèrent à préserver leur culture. Deux saisons de récoltes catastrophiques ont causé une diminution de nombreuses productions: -20% pour le thé, -35% pour le riz qu’il faut désormais importer alors que le Sri Lanka était auto-suffisant.
Les pénuries ont entraîné une flambée des prix et une répercussion sur toute l’économie. L’inflation atteint des niveaux records: +60% le mois dernier. Selon l’ONU, 6 millions de personnes sont menacées par la faim. Alors, dans les villes comme dans les campagnes, on distribue des repas par milliers pour parer à l’urgence alimentaire.
Photo/vidéo : Guillaume Collanges
Reportage TV
5′ Arte Journal
Reportage photo

Au marché de Manning, les allées ne connaissent plus la même effervescence. Les clients assistent à une inquiétante valse des étiquettes. Selon le cours et les arrivages, les tarifs varient d’un jour à l’autre : le prix des tomates a triplé, celui des carottes ou des haricots a doublé. 
Au bord de l’océan Indien, le jardin de Galle Face Green. Situé près du palais présidentiel, il fut l’épicentre des manifestations qui conduisirent à la démission de l’ex-président Gotabaya Rajapaksa. Les tentes et les barricades ont depuis disparu, et en ce samedi après-midi, la classe moyenne de Colombo s’y promène au soleil couchant. Une insouciance qui tranche avec la détresse d’une partie de la population. 
Au bord de l’océan Indien, le jardin de Galle Face Green. Situé près du palais présidentiel, il fut l’épicentre des manifestations qui conduisirent à la démission de l’ex-président Gotabaya Rajapaksa. Les tentes et les barricades ont depuis disparu, et en ce samedi après-midi, la classe moyenne de Colombo s’y promène au soleil couchant. Une insouciance qui tranche avec la détresse d’une partie de la population. 
Au bord de l’océan Indien, le jardin de Galle Face Green. Situé près du palais présidentiel, il fut l’épicentre des manifestations qui conduisirent à la démission de l’ex-président Gotabaya Rajapaksa. Les tentes et les barricades ont depuis disparu, et en ce samedi après-midi, la classe moyenne de Colombo s’y promène au soleil couchant. Une insouciance qui tranche avec la détresse d’une partie de la population. 
Senturaj, 39 ans, chauffeur de tuk-tuk « Cela a été très difficile de laisser sa mère partir. Il y avait beaucoup d’émotions à l’aéroport ». Son épouse Rajashwari gagne maintenant 500 euros par mois, cinq fois plus que son ancien salaire d’ouvrière dans une usine textile. Son contrat dure deux ans, elle ne rentrera pas avant. 
La crise des engrais n’a pas épargné l’industrie du thé. La production, destinée exclusivement à l’export, a chuté en un an de 20%, avec 240 000 tonnes récoltés. Plus rare, il s’est vendu plus cher, rapportant 1,2 milliard de dollars. Une manne considérable qui ne profite pas aux ouvriers. 
Latna, 43 ans., ramasse depuis six ans les feuilles qui serviront à produire le célèbre thé noir. Des conditions de travail difficiles, 10h par jour, sur des terrains escarpés envahis de sangsues et de serpents. Son salaire ? 1000 roupies par jour, un peu moins de 3 euros. « Dans ce travail, si tu n’as pas de revenus stables, c’est difficile d’acheter à manger et de s’occuper de sa famille. La seule solution, c’est de partir à l’étranger ». 
La crise des engrais n’a pas épargné l’industrie du thé. La production, destinée exclusivement à l’export, a chuté en un an de 20%, avec 240 000 tonnes récoltés. Plus rare, il s’est vendu plus cher, rapportant 1,2 milliard de dollars. Une manne considérable qui ne profite pas aux ouvriers. 
Dans le district de Kandy, à 1200 m d’altitude, que l’Ecossais James Taylor planta en 1867 les premiers théiers de Ceylan, l’ancien nom du Sri Lanka. Un siècle et demi plus tard, la région compte 625 plantations, publiques et privées, qui emploient 80 000 personnes. 
Il est urgent de rétablir l’autosuffisance alimentaire du pays. Car la production de riz est en chute libre : elle est passée de 3 à 2 millions de tonnes entre 2020 et 2022. Pour répondre à la pénurie, le Sri Lanka n’a pas eu d’autres choix que d’en importer du voisin indien. Vendu 30% moins cher, il concurrence le riz sri lankais qui se vend du coup très mal. 
L’agriculture biologique n’est qu’une goutte d’eau dans la production agricole du pays : à peine 3% des terres cultivées sont traitées sans produits chimiques. 
Parmi les quelque 2000 producteurs bio recensés en 2020, Saman Hettarachchi. Il fait partie de ces pionniers qui militent pour une agriculture 100% naturelle. « L’agriculture biologique est dure, très dure à mettre en place. Mais les bénéfices sont grands, notamment pour la santé et pour l’environnement ». 
Preatnidasa Senivratna, producteur de riz « Nous attendons la livraison d’engrais depuis un mois. Nous aurions dû le répandre ces 18 derniers jours. Pour l’instant, nous avons seulement appliqué un pesticide. A cause du manque d’urée, le champ devient comme ça. Si on le laisse trop longtemps dans cet état-là, il sera perdu. Une fois que les plants deviennent jaunes, la récolte est menacée ». 
Son père l’avait mis en garde de ne pas dépendre trop des produits chimiques mais en vain. 
Avant l’interdiction des pesticides, Pyatissa récoltait jusqu’à 2 tonnes de riz par an. L’an dernier, sa production a été divisée par dix. Il compte sur l’aide d’urgence de 149 millions de dollars promise par le gouvernement pour sauver sa récolte. Mais il n’a plus confiance. 
Nazima partage ce 3 pièces, frigo inclus, avec deux autres familles. C’est la seule solution qu’elle ait trouvée pour réduire ses dépenses. « Les salaires ne sont plus suffisants. La vie est devenue tellement chère qu’il faut faire des choix. Je n’ai pas les moyens d’acheter du poulet, du poisson ou du bœuf. Même pour des petites courses, ça me coûte très cher ». 
Vasantakumar, père de Shalomi et Sivakumari, mère de Shalomi, gagnent 5 euros par jour..« On se débrouille pour manger deux fois par jour pour que nos enfants puissent bien étudier. Ils vont à l’école. Cela nous coûte 200 roupies pour 2h par jour. On ne se soucie pas de ce que nous mangeons, nous. On se préoccupe plutôt de leur éducation, surtout que ma fille travaille bien ». 
A 5 ans, Shalomi vient prendre son repas dans une cuisine communaitaire. Ses parents, qui travaillent dans une plantation de thé, l’y envoient tous les jours pour qu’elle puisse manger à sa faim. 
Kasturi Rajanayagam est institutrice dans le petit village de Kiruwanaganga à trois heures au sud de Colombo. Un matin elle a vu un de ses élèves vendre des noix de coco qu’il était aller cueillir pour acheter son repas de la journée. Plusieurs enfants étaient dans la même situation. Ell a alors décidé d’appeler une ONG et d’ouvrir la classe pour monter un cantine communautaire. 
Sur cette parcelle de 2700 mètres carrés pousseront bientôt concombres, haricots, carottes et tomates. Quatre tonnes de légumes qui seront donnés aux cantines des écoles, à des orphelinats et aux cuisines communautaires. Encourager la population à cultiver ses propres légumes : c’est l’initiative de la ville de Colombo. Il y a trois mois, elle a labouré les jardins de la mairie pour les remplacer par deux immenses potagers. D’un côté, une plantation conventionnelle traitée avec des engrais chimiques et irriguée au compte-gouttes. Le projet vise à promouvoir une agriculture urbaine. 
Sur cette parcelle de 2700 mètres carrés pousseront bientôt concombres, haricots, carottes et tomates. Quatre tonnes de légumes qui seront donnés aux cantines des écoles, à des orphelinats et aux cuisines communautaires. Encourager la population à cultiver ses propres légumes : c’est l’initiative de la ville de Colombo. Il y a trois mois, elle a labouré les jardins de la mairie pour les remplacer par deux immenses potagers. D’un côté, une plantation conventionnelle traitée avec des engrais chimiques et irriguée au compte-gouttes. Le projet vise à promouvoir une agriculture urbaine. 
Sur cette parcelle de 2700 mètres carrés pousseront bientôt concombres, haricots, carottes et tomates. Quatre tonnes de légumes qui seront donnés aux cantines des écoles, à des orphelinats et aux cuisines communautaires. Encourager la population à cultiver ses propres légumes : c’est l’initiative de la ville de Colombo. Il y a trois mois, elle a labouré les jardins de la mairie pour les remplacer par deux immenses potagers. D’un côté, une plantation conventionnelle traitée avec des engrais chimiques et irriguée au compte-gouttes. Le projet vise à promouvoir une agriculture urbaine. 
Du haut de la Lotus tower, les habitants de Colombo viennent observer leur ville et faire des photos souvenir. Elle a ouvert l’an dernier après plusieurs années de travaux réalisés à crédit auprès de la Chine. Comme le port d’Hambantota et le nouvel aéroport international, vide, au sud du pays. Une série d’investissement dans des infrastructures inutiles et coûteuses. 
En mai 2021, le président de l’époque, Gotabaya Rajapaksa, a pris une décision qui fit l’effet d’une bombe : interdire l’importation d’engrais et de pesticides chimiques. La raison ? Économiser 300 millions de dollars par an et promouvoir une agriculture 100% biologique. 
Au Sri Lanka, une crise économique sans précédent est en train d’affamer les populations. Miné par une dette colossale qu’il ne peut rembourser, le pays de 22 millions d’habitants a vu sa monnaie dévaluer il y a un an. Depuis, l’inflation atteint des niveaux record : carburants, médicaments, alimentation… En décembre dernier, la hausse des prix a frôlé les 60%. 
Ajith Srilal, vendeur de légumes au marché de Manning « Les consommateurs n’ont plus d’argent pour acheter des légumes. Avant, ils achetaient un kilo. Maintenant, ce n’est plus que 200 à 500 grammes. Ça a vraiment baissé ». 
Au marché de Manning, les allées ne connaissent plus la même effervescence. Les clients assistent à une inquiétante valse des étiquettes. Selon le cours et les arrivages, les tarifs varient d’un jour à l’autre : le prix des tomates a triplé, celui des carottes ou des haricots a doublé. 
Au marché de Manning, les allées ne connaissent plus la même effervescence. Les clients assistent à une inquiétante valse des étiquettes. Selon le cours et les arrivages, les tarifs varient d’un jour à l’autre : le prix des tomates a triplé, celui des carottes ou des haricots a doublé.
Publication presse
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